Tais-toi, malheureux!
L'hominien de la civilisation du XXIème siècle répugne à reconnaître qu'il vit dans la servitude. Se plaindre virilement, râler, jurer, à la rigueur.. Mais reconnaître simplement devant ses collègues que cette servitude lui pèse, non. La fierté des autres renierait vite ce fou ─ l'hérétique. Imaginer une seconde la scène, devant la machine à café "vie de servitude, j'en ai marre de la servitude, et vous, la servitude, ça vous va ? "... Silence gêné (il ya du sacro-saint en jeu), silence. Puis " bah c'est pas parce qu'on est là pour l'argent qu'on est dans la servitude, on est pas au Moyen Âge non plus, hein, on a des droits, et puis on s'en fout du patron, moi je m'en fous, je lui dis ce qu'il veut entendre (vrai) et il me fout la paix (faux), nan moi je fais ce que je veux de ma vie (etc.)"
La pression est forte, admettons-le. L'homme libre, décidé, le succès, la réussite... D'ailleurs, on pourait penser que le citoyen moyen aurait du mal à résister face à cette pression, les modèles qui lui sont proposés étant hors de portée pour les moyens dont il dispose, dans quelque domaine que soit (politique, affaires, sport, spectacle etc.). ce n'est pas le cas, on accepte très bien cela. L'homme reprochera peut-être à sa femme de n'être pas idéale et la femme reprochera à l'homme qu'il le soit si peu lui aussi; on s'arrangera avec ça. Mais on ne renoncera pas à être soi.
Un certain orgueil qui inspirerait la pitié s'il ne générait pas tant de dommages colatéraux.
Soi pour les autres.
Et les autres qui y croient autant qu'un croit au leur.
Angoisse, mensonge, désarroi.