Qui en est?
Tenir un blog sur la servitude est une chose. Que ce blog attire à lui des lecteurs pensant que tiens, justement, moi qui suis en état de servitude avancé allons voir ce qui s'écrit là − en est une autre.
Pourtant, comment prétendre n'en être pas quand, durant huit heures par jour ou plus, on ne décide ni du lieu, ni de la durée, ni de la nature de ses propres actes. Que tout cela est imposé par autrui.
Il faut revenir aux signes de la servitude. Froidement, voir. Compter les signes un par un, les quantifier sans essayer de les qualifier (le piège, on minimise, on déguise, on maquille). Moi, hominien libre de mes mouvements, doté d'un indéniable libre arbitre, ayant acquis de surcroît une somme de connaissances théoriques et pratiques de premier rang
(j'ai été interrompu dans ma réflexion par une employée offensée, par ailleurs assez souvent offensive, et qui tenait droite et tremblante fulminante, à défendre son territoire ; je l'ai boutée hors de mes plates-bandes sans perte ni fracas, tout va bien ne nous altérons pas, quelle tristesse d'avoir ressenti cette vibration méchante, et puis : nos territoires, allons...)
Voilà ce qui se passe, c'est que l'hominien libre : arrive à l'heure dite à l'endroit qui lui est assigné, obéit aux ordres, les anticipe souvent, accomplit les tâches qu'on lui a désignées, se nourrit à l'heure à laquelle on a décidé qu'il devait se nourrir, fait tout le possible ou presque et même parfois plus pour atteindre les objectifs qui ne sont pas les siens, les a fait siens, rentre chez lui le soir, pas avant l'heure prévue et souvent après, fatigué, combien de temps pour la joie, pour l'amour, pour les enfants, après tout cela, et une fois effectués l'entretien du logis et les achats d'aliments et de vêtements. Cet hominien ne se considère pas en état de servitude car il travaille moins de 20 heures par jour et ne subit pas le fouet. Et s'il se retrouve sans emploi, il fera tout pour en trouver un. Normal. Il faut l'argent. Certes.
Ce matin, moi, jeudi ! super! demain c'est vendredi! Voilà. J'étais content, ça frémissait dans mon corps, content. Bravo. Objectif vendredi. Depuis lundi matin : objectif vendredi soir. Le vendredi et assuré pourtant. Pourquoi en passer par tant de choses désagréables.
Faut-il donc établir une liste de tout ce qui est servitude? Je vais essayer. Mais je vous vois bien, là, rechigner, regimber, récalcitrer des deux pieds, non non non, pas la servitude, non. On n'en veut pas de ce honteux mot.
Moi, MOI ! La servitude ! Ah ! JE ! Ah non, moi non.