Lâcher
Je me rappelle, il y a quelques mois, peut-être un an maintenant, debout sur les marches de l'escalator du métro, je me demandais ce qu'il fallait lâcher. À l'époque, l'angoisse du lundi matin me saisissait chaque semaine ou presque. Je savais que c'était absurde, et, à vrai dire, je trouvais même cela humiliant. Une bonne double-baffe dans la face de cette folle, et un coup de tête à ce fils de pute, simple. Hausser le ton, frapper. Font pas le poids. La panique sur leur visage, à coup sûr. Stop. Mais quand même... Pour l'instant, pas trop le choix à moins de trouver mieux ailleurs, c'est faisable, mais là tout de suite, pas le choix. L'argent. Et puis ailleurs, avec plus d'argent, d'accord, mais sans crapule? sans taré ? Tsss. Alors c'est toi mon vieux qui dois mieux gérer cela. Faire ce qu'il y à faire. Tu es bon, intelligent, tu as de la chance en plus. Tu fais, tu continue de rester ferme sur tes heures ( la chance d'avoir une femme et deux enfants, l'amour, qui me donnent la force et me mettent face à moi sans le savoir, voilà qui aide, un monde, que font ceux qui n'ont pas cela.) Pas une minute de temps supplémentaire. Au moins, c'est gagné de ce côté-là. Mais pour le reste, l'intériorisation du devoir, finalement. et l'angoisse. Aucune raison de t'angoisser. N'ont pas de super pouvoir ces enfoirés. Pourquoi te rends-tu responsable de tes actes si insignifiants si nuls, et cet organisme international tellement risible, et quand je prends un peu de recul, que je vois cette agitation dans le ville, tous aux mêmes heures, au même pas, mêmes lieux, et puis... une intuition... je sens que tout ce qui compte ici c'est l'activité, faire, c'est important, c'est urgent, c'est grave, c'est capital, on pourrait faire des cocottes en papier ce serait pareil, il y aurait juste une petite adaptation à faire au système de valeurs, on pourrait se battre pour des cocottes en papier, le tout c'est d'agir. Toujours est-il que je dois ne pas renoncer. J'ai cet emploi, je suis employé, mais je ne peux pas me permettre de ployer plus , arrêter ça.
OK.
OK. Mais comment je fais? Il faut savoir décrocher, être là mais décrocher. Je sens que c'est une crispation sur quelque chose qui entrave le mouvement serein. Que faut-il donc lâcher.