Discours
Cela ne répond pas à la question mais une chose est certaine: il faut un discours. Pas de trône sans discours. Pouvoir, discours. Asservir, discours. La force, les promesses ─ certes ; mais pas sans discours. Pas de roi nu.
Les deux discours qu'on m'a assénés dernièrement avaient pour thèmes, attention, l´éthique, et le développement durable. Tout ça sur nos épaules pauvres d'employés.
Le développement durable n'a pas accédé au rang de religion mais il est devenu partie intégrante de la morale. Ici, on a formé un comité interne de développement durable. Rapidement a été instauré l'envoi hebdomadaire d'un e-mail à tous les employés. Une newsletter brève et plutôt sympathique au début. Caractère informatif dans un premier temps, glissement presque immédiat vers l'éducatif, puis incitatif, maintenant prescriptif, en attendant le directif et le répressif. Ils ont donc commencé avec les "saviez-vous que...?" d'usage (ex. : saviez-vous qu'il faut 100 000 ans pour qu'une tonne de plastique soit entièrement recyclée par l'environnement naturel ? Pensez-y la prochaine fois que vous achèterez un godemiché jetable ou une poupée gonflable). La voix de la conscience était en marche, comme le progrès, qu'on n'arrête pas, c'est connu. Cette petite mouche consciencieuse est donc là, bourdonnant son message hebdomadaire et nous avons droit maintenant droit à des impératifs sans détours, "achetez les yaourts en pot de 3 litres et pas en portions individuelles, vous contribuerez ainsi à diminuer la quantité d'emballages plastiques dans le monde... et puis c'est moins cher!".
Bref, bravo.
Le plastique, il n'y en a pourtant pour plus très longtemps, il disparaîtra en même temps que le pétrole. Peu importe, ce qui compte c'est la beauté du message.
Comment en vouloir aux jeunes employés membres actifs du comité interne de salut planétaire... Comment résister au discours...
L’Église n’a pas procédé autrement. Il est facile aujourd'hui de critiquer le pape ou tout autre prêcheur de la bonne nouvelle. Ils ont fait leur temps, ils sont nus. Mais qu'on songe au message chrétien : l'amour du prochain. Tout de même ! On comprend que, neuf, ce message ait pu subjuguer. De même, on comprendra que le message d'amour envers la planète, le "futur de nos enfants" etc. soit difficilement rejetable par un employé citoyen qui, justement, ne demande que le bien-être du monde entier. Serait-ce que l’humain est spontanément enclin à l’amour, donner et recevoir ? On verra. Mais beaucoup tombent la tête la première dans le panneau.
Bref, revenons. Le discours d’asservissement doit être suffisamment creux pour recevoir ce que chacun voudra y mettre dans le secret de son cœur espérant. On n’est jamais pris qu’à son propre mensonge. Car la servitude, c’est le mensonge à deux faces.