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Responsable

Publié le par Mateo

La responsabilité. De même que le discours est un costume à double usage (on n'a pas la même vie selon qu'on le porte à l'envers ou à l'endroit, c'est-à-dire côté strass ou côté stress), la responsabilité est à deux faces, la règle étant là aussi la relation dominant/dominé.

Seulement, le coup de la responsabilité est beaucoup plus intéressant que celui du discours. Le discours, on sait, revient au "faites ce que je dis, pas ce que je fais" auquel on ajoute une dose de morale humanitaire et un soupçon de mauvaise conscience. Cela demande peut-être la collaboration du dominé, son envie de bien faire ou de faire le bien, qui sait.... Mais la responsabilité, là c'est sans équivoque, exige la participation active du ployant. Endosser la responsabilité peut être vu pour ce que c'est : une charge. La hiérarchie dépose une charge sur vos épaules, vous portez ; en cas de gros pépin, c'est le chapeau, que vous porterez. OK, c'est su. Cela dit, on est bien content de porter l'habit de la responsabilité quand il brille. Le fait est qu'ils sont une majorité ceux qui portent l'habit côté doublure. Alors que font-ils ? Ils frottent pour que ça brille !

L'ego. Combien de minuscules et inaperçus petits mots ou petit mails pour dire moi je, réflexe naturel qui ne compte pas seulement pour la survie dans la structure. On sait qu'il faut se hisser un petit peu plus haut que le voisin souvent, ce sont de  précieux points qui pèseront peut-être pour une future promotion ou pour éviter un licenciement, ou qui ne serviront peut-être à rien... Mais pas seulement. De nombreux petits mots ou petits mails ne sont là que pour défendre ce qu'on défend chaque jour, cet imaginaire moi. Moi le fort, Moi le bon, Moi le doué etc. Moi-le-celui-qu'il-faut-être. (Le handicap de ceux qui ont hérité d'un modèle erroné est flagrant. Ainsi celui qui, pour de bêtes raisons de psychologie familiale, a commencé à se construire avec le Moi-l'admirable-martyr risque de ne pas aller bien loin.)

Pas plus tard que l'autre jour, le siège m'envoie un tableau à compléter pour la Méga-Mission-Ministérielle, tableau complexe... que j'ai moi-même mis au point il y a deux ans pour une autre Méga-Mission ! Il y a encore quelques mois, disons un an, j'aurais bondi intérieurement. Quoi ! On m'envoie ça comme un ordre venant de ceux qui savent, merci de compléter le tableau qui descend jusqu'à vous depuis notre lumière, magnifique outil qui assurera le bon déroulement financier de cette Mission, et le Big Boss en copie, et moi que c'est moi que j'ai conçu, conceptualisé et même colorié le tableau ! Ça valait son pesant de rage et rumination pour corriger l'affront. Bon. Je n'en suis plus là. Mon énervement a été bref et n'est pas monté jusqu'à la rage, loin s'en faut. Donc indemne. Pas d'offense. Pas de blessure. Je dois bien entendu gérer adéquatement ce genre de situation qui peut s'avérer préjudiciable, mais cela relève de la compétence à évoluer en milieu professionnel ;  or ce qui m'intéresse ici c'est l'ego, la sensibilité personnelle, celui qu'on défend, promeut, protège, celui qu'on soigne, rassure, réconforte. Tant qu'on finirait par y croire.

La réalité étant ce qu'elle est, impossible que l'ego sorte indemne des épreuves de la servitude. Déchiré en deux coups de cuillère à pot, le bel habit. Tant pis, on rapièce, on raccommode. Arlequin. J'imagine un dieu qui nous verrait du ciel, invisible à nous, qui nous verrait agenouillés dans un coin de notre âme, recousant fébrilement l'habit, grinçant des dents de rage ou sanglotant de honte...

On se bat pour ce qui nous manque le plus, dit-on. Mais a-t-on vraiment besoin de ça ?

Et qui, mais qui donc, mais vraiment QUI est celui dont la lucidité simple révèle l'imposture ?

D'où suis-je en train d'écrire sans trop de vertige ?