Qu'y suis-je?
Pour comprendre où je veux en venir (j'en serais moi-même fort aise) il faut savoir d'où je viens. Je parle de situation, pas de biographie. Je serai bref, relativement à tout ce qu'il y aurait à dire. Donc, le contexte.
Il se trouve que j'agis comme si j'y croyais alors que je n'y crois pas. Je travaille pour le Ministère du Ministre, et nous sommes nombreux dans ce cas. Il y a dans ce Ministère, comme dans tout autre, des principes, des règles et attention l'éthique, ça, on peut dire que l'éthique y est. Il y a aussi une mission, évidemment. Plus important que ça, plus réel que tout cela, il y a une hiérarchie. Une double hiérarchie en fait, c'est-à-dire qu'il y a l'organigramme et le filigrane. Le filigrane c'est ce qu'l faut vite savoir pour ne pas faire d'erreur : qui est ami de qui, et surtout qui est là par la Grâce (du Ministre ou, pire, du Président). Mais ce qui compte c'est la mission, la Mission. Si ce monde était parfait, il suffirait de connaître la mission assignée au Ministère pour tomber aussitôt en dévouement, comme on tombe amoureux. Ce n'est pas le cas donc il y a l'organigramme et le reste.
Et voilà, je n'y crois pas. Je peux dire devant les collègues, un peu, pas trop, il y a les limites de l'éthique, mais un peu tout de même, que je n'y crois pas. Le pire est que beaucoup ne croient pas n'y pas croire. Et il est vrai que, à les regarder agir et surtout les écouter parler, il semble bien qu'ils y croient suffisamment ou pas loin. Je souffre. Pas le martyre mais je souffre. Eux aussi souffrent, d'ailleurs. Alors... Ils ont certainement un peu de mal à y croire. Il est plus exact de dire qu'y croire fait mal.
En tout cas, à voir autour de moi, on y croit. Hallucinant.
Quelqu'un qui m'observe pensera peut-être que j'y crois et mettra sur le compte d'un tempérament réservé ou tiédasse mon manque d'implication émotionnelle.
Une chose est certaine cependant, je dépense de l'énergie là-dedans puisque je mange le matin et le midi pour faire tout ce que je fais au bureau. Je dépense de l'énergie.
J'y mets une énergie qui est contradictoire avec le fait de ne pas y croire.
On peut se demander pourquoi.
En d'autres termes :
Et profitons de ce livre pour en extraire un autre petit bout pas inintéressant dans le contexte :