Liberté chérie
On pourrait penser que le concept de liberté s'est imposé comme outil opérationnel d'asservissement. L'argent et la force continuent d'être les deux mamelles de la domination mais le discours moral de l'époque découle de l'idée selon laquelle l'hominien naît libre -- (et digne). La liberté est un droit conquis.
Cette civilisation n'en continue pas moins de fonctionner sur le bon vieux principe ou plutôt sur la simplissime réalité dominants / dominés.
Peut-on être libre et dominé? Comme faire pour que ça tienne...
Le discours moral sur la liberté est extrêmement fort. Le mot liberté possède un poids dont on n'a pas pris la mesure tant qu'on n'a pas essayé de s'y attaquer. Croyez bien que ces quelques mots lus par personne me coûtent.
Donc voici : les dominants demeurent et continuent d'avoir besoin des dominés. Que faire avec les dominés ? Donnez-leur la liberté. La liberté ! Jetez-leur cette mélasse sur les épaules et vous verrez ce qu'ils en font. Ainsi fut fait. Peu à peu. Pas tout d'un coup, peu à peu. Par vagues ou vaguelettes successives, suivant les lieux et les époques. Diffusion progressive mais massive de liberté. Avec le mode d'emploi. Il n'est pas nécessaire d'installer Big Brother chez le citoyen. Le citoyen va acheter lui-même Little Brother et le promener avec lui partout, le personnaliser, l'enrichir, l'adorer, le chérir, mettre en ligne, et surtout recevoir les instructions.
Soyons intelligents, ne bêtifions pas sur le registre du complot ; c'est sans intérêt. Identifier l'ennemi dehors, c'est de la diversion, on retombe bien vite sur la colère, et sur la haine. Ensuite?
Songer plutôt au problème auquel on se heurte avec cette liberté chérie. D'abord, pourquoi être libre? Pour être heureux. Moi heureux. Je heureux.
Liberté d'être soi. Mais qui donc est ce foutu MOI ? À quoi est-il prêt pour exister ?