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Je cogite donc je suis

Publié le par Mateo

Il m'a fallu plusieurs années pour prendre conscience de ma servitude. Il faut probablement un chef mauvais méchant Taré pour que la prise de conscience ait lieu (et quand lui succède une Folcoche hystérique insensée, le clou est enfoncé). Ou bien travailler suffisamment proche du pouvoir, du vrai, le discrétionnaire. Être proche du pouvoir ardent, là où ça chauffe, enseigne la flexibilité des lois et des principes. Fait trop chaud. L'éthique est carbonisée, le discours s'évapore. Mal équipé on suffoque, il faut vite s'adapter : ici c'est la loi de la patronne, les commandements du chef. On exécute ou on est exécuté.

Ce genre de contexte aide à la prise de conscience. Encore que, et c'est là où j'en viens depuis le début si j'ose dire, encore que les multiples stratégies du moi laissent peu de place à la lucidité. Disons qu'on s'accroche. Or s'accrocher au sable n'est pas la solution loin de là y as-tu pensé au moins ?

Moi. C'est peut-être cet agglomérat mal foutu qui fait que tout a l'air de tenir à peu près. Et c'est impressionnant comme c'est mécanique, automatique... J'ai vu l'employé matraqué par les cris de la Folcoche se vanter au déjeuner de sa jeunesse prétendument libertaire voire délinquante. Aussi, vu l'employée tombée dans le piège du Taré s'empresser d'acheter un article électronique hors de prix en sortant du bureau. Deux modalités de rustine. Arlequin. N'en suis pas exempt.

La rustine arlequine est ce par quoi ça tient. Mais ça tient bien mal, si vous voulez mon avis. N'empêche que, on continue comme ça.

On est encouragé, faut dire, on est sollicité en permanence. La technologie de l'information portative et tactile permet cela. De son propre chef l'employé tapote à toute heure comme le rat à cocaïne actionne la manette adéquate. Il ne peut éviter d'être sollicité, par les amis, par la réclame (officielle ou camouflée), et par l'information. L'information est la plus insidieuse car on croit par elle accéder à une connaissance quand on ne fait qu'activer et renforcer par elle les mêmes circuits neuronaux qui nous font tourner en rond. Plus qu'accéder à une connaissance on croit même agir. On ne fait que réagir, en réalité, mais le simple fait de juger, ne serait-ce que deux secondes durant, suffit à se sentir soi. Tout est bon à prendre. L'éruption du volcan éteint, la grève des chômeurs, le mensonge du ministre, le salaire du footballeur... qu'en pensez-vous, j'en pense que, et c'est parti, automatique, le discours, on embarque aussitôt dit aussitôt fait sur le discours. J'en pense que...J'en pense que...

J'en pense que, donc je suis.

Sauvé !

 

 

Un mot sur la technologie. C'est la miniaturisation sans perte d'autonomie énergétique qui est évidemment l'aspect le plus intéressant de l'évolution des technologies de l'information, et non la vitesse ou le volume. Comprendra-t-on la nature essentielle de ces outils lorsqu'ils seront devenus suffisamment petits pour vivre en nous, lorsque leur batterie sera alimentée par notre propre organisme et que l'information sera transmise aux neurones visés sans trop d'étapes superflues? PARASITE. Est-ce un cauchemar ? Je ne crois pas. Rien de nouveau. D'ailleurs, un bon missel ferait l'affaire. La technologie n'est pas un cauchemar, on paie pour l'avoir, on peut même tuer pour la posséder ; pas un cauchemar, juste une autre façon d'être parasité, brouillé.

À titre personnel, je ne vois que l'amour pour triompher de ces ténèbres. Amour et liberté sont certainement les sourires d'un même mystère. Qu'on se rassure, j'ai bien écrit à titre personnel, c'est-à-dire ma vie vécue à moi. Je ne parle pas de l'avenir de l'hominien dans l'Univers, pas de torche eschatologique ô mes frères humains, doucement là, restons polis. Et à demain.