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Laisse !

Publié le par Mateo

On se demande pourquoi l'animal humain si facilement se laisse attacher. On dirait que c'est un réflexe : suivre.

Que les smartphones soient équipés d'applications GPS peut s'avérer très pratique, et certainement quelqu'un n'est pas loin pour dire que grâce à cela on "sauve des vies humaines". N'empêche que cela enseigne avant tout à suivre des instructions sur un écran. Bonne habitude. Cela peut sembler étonnant : le petit appareil électronique que tu tiens dans les mains te dit quel est le monde autour de toi.  Ce n'est même pas étonnant, c'est complètement fou. "Qui suis-je, où suis-je, où-vais-je, que faire, comment faire ?" Personne ne s'étonne de trouver la réponse dans son ordinateur miniaturisé. Donc " n'explore pas, malheureux ! Suis les instructions ! " Quoi que... est-on forcé? Non, pas que sache, pas de policier derrière chaque citoyen pour l'obliger à suivre son écran. Alors, plus exactement : " pourquoi irais-je explorer si je peux trouver une laisse assez courte et assez jolie." 

Bon, ce n'est pas une histoire de technologie. Ça ou un bon missel, j'ai déjà dit... On suit. En fait, dans ma vie je ne pense pas avoir fait autre chose que suivre, jusqu'à ce que l'amour. La puissance anti-sociale par excellence, la déviance, l'invention. Sans cela, quoi ? Justement, ce qui est sidérant, c'est que sans cela, on fait à peu près n'importe quoi à n'importe quel prix. Une laisse, un bâton, une carotte, et c'est parti. Surtout, pas lâcher la laisse ; la mordre au besoin, mais pas lâcher. La société ressemble à cela, un entrelacs de laisses dont on distingue mal les tenants et les aboutissants. Certes, on voit plus ou moins à qui l'embrouille profite mais seulement d'un point de vue financier, ce qui n'est pas le bonheur. Mais tout ce qui n'est pas le bonheur est valorisé, "donc vous y gagnez". Croit-on cela ? C'est grossier.

Alors, pourquoi l'animal humain si facilement se laisse attacher ? Cette manie de meute qui court après l'os à Moi, individualisme de masse... C'est vraiment étrange. Être à la fois d'une passivité à faire pâlir une méduse et d'une fierté sans borne ni plafond. Bah voilà, c'est ça, ce vertébré bavard que l'on pompeusement nomme Homme... Si on partait de là on se sentirait peut-être un peu moins obligé d'être con. On ferait des efforts.

Il faut souffler de temps en temps, esquiver, n'être pas là ou rien là. Mais cela demande plus que de la conscience. Au risque de se trouver. Et de n'avoir pas de mot.